Comment apprend mon cheval ?

Généralement, il est convenu de diviser les principes d’apprentissage en deux grandes familles : les apprentissages associatifs et non associatifs, chacun peut encore être divisé en plusieurs sous-catégories.

L’éducation d’un animal passe par l’apprentissage : l’objectif de l’éducation est d’apprendre à l’individu les codes, les règles et les normes d’une société afin que tous les acteurs de ladite société y vivent bien et en sécurité.

Afin d’apporter cette base éducative, on utilise l’ensemble de ces principes d’apprentissage pour créer un cadre de travail pertinent et bienveillant pour son cheval tout en s’assurant de la bonne compréhension par l’animal des principes de sécurité de base.

Apprentissages non associatifs

Non associatif = l’animal n’associe pas les situations entre elles

Les apprentissages non associatifs utilisent la répétition d’une situation presque identique dans le temps pour engendrer une réponse ou une absence de réponse de la part de l’animal.

Le point d’orgue de cet apprentissage est la détermination du seuil de tolérance, c’est-à-dire la distance jusqu’à laquelle le cheval ne réagit pas (ou ne tente pas d’éviter) au stimulus qui nous intéresse. Ce seuil est déterminé par plusieurs facteurs biologiques, notamment par les circuits de réponse face aux émotions (et notamment aux émotions liées à un danger).

Sous le seuil de tolérance, donc dans une zone où le cheval considère être potentiellement en danger vis-à-vis de l’objet (ou de la situation) qu’on lui présente, on s’attend à ce que les deux principaux circuits de réponse au danger, soient la voie corticale et la voie sous-corticale, soient fortement stimulés. On s’attend aussi à une stimulation plus importante de la voie sous-corticale (haute et rapide), qui se caractérise par le passage très rapide entre la perception du stimulus à la réponse, généralement la fuite ou le sursaut. Cette stimulation engendre une réponse rapide mais aussi une mémorisation solide.

Au-dessus du seuil de tolérance, les circuits liés aux émotions seront généralement moins stimulés. Le voie corticale (basse et lente) peut parfois être stimulé mais la phase de réflexion et d’intégration du stimulus permet au cheval d’analyser la situation et d’en déterminer une réponse appropriée ou, simplement, de ne pas réagir.

Parmi les apprentissages non associatifs, on peut distinguer la sensibilisation et l’habituation.

Sensibilisation

Sensibilisation = la répétition d’une situation donnée en passant sous le seuil de tolérance dans l’objectif d’obtenir une réaction de la part de l’animal.

On favorisera la réaction de l’individu face à la situation ou au stimulus.

L’intérêt de la sensibilisation réside dans la puissance et la rapidité d’acquisition du comportement par le cheval. Le fait de passer sous le seuil de tolérance et, donc, d’utiliser le circuit du danger et des émotions pour créer une réaction chez le cheval rend l’apprentissage particulièrement rapide et solidement ancré puisqu’il fait intervenir un mécanisme biologique particulièrement efficace.

Remarquons cependant

⚡️Exemple de sensibilisation : Apprendre au cheval à réagir à la chambrière.

Lorsqu’on souhaite apprendre au cheval à réagir à l’effet de la chambrière, il est possible de passer par la sensibilisation. On place la chambrière (donc le stimulus) sous le seuil de tolérance du cheval en l’agitant suffisamment afin qu’il réagisse. On répète cette situation dans le temps afin de créer une réaction chez le cheval dès que la chambrière est légèrement agitée.

⚠️⚠️ Attention, la sensibilisation peut entrainer des réactions de fuite, d’évitement, de peur ou d’anxiété chez l’animal. Il est largement recommandé d’utiliser les autres apprentissages pour éduquer le cheval.

Habituation

Habituation = la répétition d’une situation donnée en restant au delà du seuil de tolérance dans l’objectif que l’animal ne tente pas d’éviter la situation.

On favorisera l’absence de réaction à la situation ou au stimulus.

L’habituation est un apprentissage très répandu dans le quotidien des cavaliers mais souvent mal compris. Il est généralement confondu avec la désensibilisation puisque l’objectif final des deux techniques se rapprochent : le cheval ne réagit pas à la situation ou au stimulus. Notons que la différence majeure entre habituation et désensibilisation réside dans deux points :

  • L’habituation se fait à partir d’une situation pour laquelle le cheval n’a pas encore développé de réponse (ni positive ni négative)
  • La désensibilisation ne peut pas s’appliquer facilement à toutes les situations quotidiennes en se suffisant à elle-même, contrairement à l’habituation (exemple : il est possible de travailler le passage d’un sol sombre à un sol clair par habituation mais la désensibilisation aux variations de luminosité est difficile à mettre en place seule)

⚡️Exemple d’habituation n°1 : Apprendre au cheval à NE PAS réagir à la chambrière

Pour reprendre l’exemple de la sensibilisation, discutons de la réaction à la chambrière. Beaucoup de professionnels utilisent les chambrières et autres stock pour donner des indications au cheval à distance. Afin d’éviter des réactions de fuite et d’inconfort, il est possible d’habituer le cheval au contact de la chambrière afin qu’il comprenne que cet outil n’a pas vocation à la chasser mais à le guider. Pour se faire, il est impératif de déterminer le seuil de tolérance du cheval vis-à-vis de l’objet et de ne jamais créer de situation pour lequel la chambrière créera une réaction de la part du cheval.

⚡️Exemple d’habituation n°2 : Apprendre à passer une bâche.

Lorsqu’on souhaite apprendre au cheval à passer un obstacle au sol tel qu’une bâche, il est possible d’utiliser l’habituation. On commencera par déterminer le seuil de tolérance du cheval face à l’objet en question puis on proposera à l’individu des passages régulier à proximité de la bâche en s’assurant de ne jamais descendre sous le seuil de tolérance. La répétition couplée à l’absence de réaction d’évitement va diminuer naturellement le seuil de tolérance.

Apprentissages associatifs

Apprentissages associatifs = l’animal associe un stimulus à une réponse de sa part

Conditionnement Pavlovien

Conditionnement Pavlovien = association entre un stimulus neutre et une réaction du cheval

Ce conditionnement a été découvert par Ivan Pavlov à la fin du XIXème siècle lorsqu’il effectua une étude scientifique sur des chiens.

Si on simplifie l’expérience en mettant le focus sur ce qui nous intéresse, pendant plusieurs semaines, Pavlov nourri plusieurs animaux au son d’une cloche. Chaque fois que la cloche sonnait, les chiens recevaient leur repas. Pavlov nota toutes les caractéristiques des chiens lors de ces prises alimentaires, notamment une salivation abondante. Au bout de plusieurs semaines, Pavlov fit sonner la cloche sans pour autant apporter le repas. Il observa ses cobayes et remarqua que les chiens salivaient.

Pavlov conclu de cette expérience qu’il est possible d’associer un stimulus neutre (le son de la cloche) à une réaction de la part de l’animal (salivation) par simple conditionnement.

⚡️ Exemple : le cheval qui trépigne en voyant un seau

Le seau est un stimulus neutre au départ. Il ne présente ni attraction ni aversion pour un cheval a priori. Pourtant, si l’on apporte chaque jour sa ration à ce même cheval dans ce seau, il est possible qu’une association entre le seau et la prise alimentaire se fasse. A la vue du seau, le cheval réagira avec le même plaisir et la même excitation que s’il avait son repas. Le conditionnement entre un stimulus neutre au départ (le seau) et une situation réactive (la prise alimentaire) est faite.

Conditionnement Opérant

Conditionnement Opérant = association d’un code ou d’un ordre à une réaction de l’animal

Le conditionnement opérant utilise souvent le principe d’essai erreur couplé à la mise en place d’un stimulus. Le cheval est poussé dans un comportement avec le stimulus, il doit alors proposer par lui-même une réaction, que l’humain devra valider lorsque la réaction correspond à ses attentes. Cette méthode ne prend pas en compte le « non » mais uniquement le « oui », c’est-à-dire qu’elle fonctionne sur le principe de validation du bon comportement, couplé au guidage par l’humain en cas d’échec, mais ne se focalisera jamais sur les échecs. Lorsque le cheval n’effectue pas le comportement souhaité, la stimulation est simplement prolongée.

⚡️ Exemple n°1 – Conditionnement opérant : l’apprentissage de l’immobilité

Lorsqu’on souhaite apprendre un ordre à son animal, on utilise généralement le conditionnement opérant puisqu’il permet d’associer un code déterminé par l’humain (geste, mot, odeur, bruit…) à une réponse spécifique de l’animal. Pour l’immobilité, on a choisi d’associer le mot « pas bouger » à l’immobilisation totale du cheval. Pour se faire, à chaque fois que le cheval s’immobilise parfaitement on va le féliciter et le récompenser afin qu’il associe cette action (ne pas bouger) à ce code (« pas bouger »)

Le conditionnement opérant utilise le renforcement pour associer code et action. Deux types de renforcement existe le positif et le négatif. L’usage de ces renforçateurs influence grandement la réponse du cheval à la demande…

Il existe donc deux types de stimulations et deux types de renforcement de la part de l’humain :

  • Le renforcement positif (R+) : l’humain guide le cheval dans le comportement sans contraindre (l’animal ne doit pas avoir envie de s’extraire de la demande) et récompense la bonne action réalisée (aliment, caresse, voix, pause…)
  • Le renforcement négatif (R-) : l’humain applique une contrainte sur le cheval qui le pousse à s’en extraire en réalisant le comportement demandé. La bonne réponse du cheval entraine l’arrêt immédiat de la stimulation contraignante.

⚡️ Exemple n°2a – R+ : l’apprentissage du reculer

Faire reculer son cheval implique qu’il modifie son poids du corps afin de libérer du poids de l’avant main vers l’arrière main. En renforcement positif, l’humain va alors guider le cheval dans ce report de poids en utilisant ses mains pour lever légèrement la tête du cheval tout en basculant le poids du corps vers l’arrière. Cette action ne doit pas être désagréable ni contraignante pour le cheval. Dès que le cheval modifie son poids du corps, on encourage le comportement. Une fois le pas effectué, le cheval reçoit une récompense (aliment, voix, caresse…)

⚡️ Exemple n°2b – R- : l’apprentissage du reculer

En renforcement négatif, on utilise la pression et la gêne pour inciter le cheval à répondre à la demande. Cette pression ne doit jamais être source de douleur cependant ! Pour le reculer, l’humain peut par exemple exercer une pression croissante sur l’épaule ou le poitrail du cheval tant que celui-ci ne s’est pas extrait de la pression en reculant. Dès que le cheval débute le reculé, la pression disparait et l’exercice est terminé.

Dans l’éducation, il n’est pas rare de voir des professionnels coupler le renforcement négatif au renforcement positif (utiliser la pression mais récompenser par une carotte en fin d’exercice). Pourtant, d’après les études réalisées par Léa LANSADE et l’IFCE depuis 2017, il semble que le renforcement positif soit généralement mieux perçu par le cheval et permette une mémorisation plus longue des enseignements. Il est donc généralement préconisé dans l’éducation.

Les équitations classique, western ou éthologique sont toutes basées sur le renforcement négatif avec la cession à la pression comme principe pédagogique central, pourtant l’intégralité des apprentissages en R- peut se faire en R+ avec autant de réussite et avec un animal présentant moins de signes d’inconfort. Si vous souhaitez apprendre à travailler en R+, à maximiser le bien-être de votre cheval tout en l’éduquant facilement, c’est par ici : www.lisakupet.fr/Formations/

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